L'Agriculture
Titre
L'Agriculture
Auteur
Despujols Jean
- NomDespujols
- PrénomJean
- Date de naissance1886
- Date de décès1965
- GenreM
Date de création
1925
Matière et technique
toile
; peinture à l'huile
Mesures
Hauteur en cm : 306
; Largeur en cm : 841
Description
L’œuvre de Jean Despujols habitée par des figures allégoriques disposées à la manière d’une frise antique exalte dans une vision arcadienne la prospérité de l’agriculture régionale. Au centre, deux jeunes gens enlacés (Adam et Eve ?) symbolisent à travers les joies de l’amour et les fécondités futures la fertilité de la terre. Même évocation pour la jeune femme allaitant très librement son enfant représentée tout à fait à droite. Le jeune homme tient un bâton qui peut évoquer le bâton du dieu Asclépios (Asclépios dans la mythologie grecque ou Esculape dans la mythologie romaine). La composition d’une grande lisibilité montre un paysage soigneusement agencé en arrière-plan et les différentes activités agricoles qui font la richesse du terroir aquitain. Les rangs de vignes serrés et alignés évoquent le vignoble. Le laboureur dirigeant une charrue tractée par un bœuf, la culture des champs et les femmes participant à la cueillette des fruits, la production fruitière. L’une n’est encore qu’une adolescente aux formes naissantes ; d’un geste gracieux elle cueille les fruits (des prunes d’ente) qu’elle dépose ensuite dans un petit panier placé à ses pieds. Autour de ces jeunes femmes, règne un climat d’abondance et de quiétude. L’élevage est illustré par la représentation d’un bestiaire familier aux habitants du Sud-Ouest mais magnifié : coq, dindon, oies, brebis, cheval ou encore le taureau maîtrisé par la force de l’homme. Les différents territoires et leurs ressources sont mis en avant : culture de la prune d’ente et du tabac en Lot-et-Garonne (détail d’une plante de tabac derrière l’adolescente, la Dordogne fut également un grand producteur de tabac), artichauts de Macau (Médoc), oies du Périgord, pin maritime et gemmage dans les Landes (dans l’angle en haut à droite), coteaux girondins striés de vignobles et tout au fond contreforts pyrénéens. Quelques fruits et légumes gisent à même le sol : pastèque, citrouille, tomates, raisins, pommes, poires... Des épis de maïs sont représentés près de la femme nourrissant son enfant. Sur la gauche, des canards colvert barbotent ; en dessous une truite et une carpe nagent paisiblement dans un plan d’eau. Le tronc d’un platane, arbre couramment utilisé pour border les routes, ferme la composition à gauche. Dans cette peinture, l’attachement de Jean Despujols à l’art classique transparaît nettement : le parti pris allégorique est important et les nudités inspirées des maîtres anciens prédominent. Les personnages féminins font songer à des tableaux de la Renaissance italienne (Les Trois Grâces de Raphaël ou encore Le Printemps de Botticelli) et la jeune femme brune à la jarre (réinterprétation d’un lécythe grec ?) renvoie à une œuvre de Ingres intitulée La Source. Le modelé très sculptural évoque celui de la statuaire antique mais de façon exacerbée. Les volumes sont traités sous forme de petites hachures ; ils donnent la sensation d’une peinture très dessinée et le trait parfois incisif (crinière du cheval) rappelle celui du graveur. Mais ce retour à la tradition n’empêche pas Jean Despujols de s’affranchir des contraintes académiques pour intégrer des apports très nets de la peinture moderne. La stylisation des traits détermine un effet très décoratif (encolure du taureau, plumage du dindon et du coq, feuillages, chevelure de la jeune femme blonde ressemblant à des copeaux de bois...). Les formes schématisées parfois très géométrisées révèlent l’héritage des recherches cubistes (éléments du paysage : vignes, coteaux, montagnes ou particularités anatomiques comme les genoux vus sur différents plans) ; certains détails comme la représentation du fleuve à gauche et en arrière-plan tendent même à l’abstraction.
Ce style éclectique révèle une modernité tempéré proche du style art déco très vivace dans l’entre-deux-guerres. Les personnages masculins représentés à chaque extrémité (hommes forts aux traits accusés) sont déroutants. Leur force physique et leur virilité sont soulignés par une musculature puissante et une anatomie très dessinée. Le cavalier représenté à gauche, au visage raidi et impassible, a l’allure d’un être d’acier robotisé. Les deux hommes par leur modelé font référence aux athlètes des frises antiques mais ils rappellent aussi par l’expression de leurs visages, les surhommes qui envahissent la statuaire dans les régimes totalitaires instaurés entre les deux guerres (Allemagne, Italie et Russie). Ils contrastent avec la scène centrale beaucoup plus bucolique et sensuelle (plénitude des formes féminines, tête renversée de la jeune femme blonde évoquant l’attitude des ménades formant le cortège du dieu grec Dionysos).
Historique
Ville de Bordeaux
Date
1926
Numéro d'inventaire
74.31.4
Lien collections Musée d'Aquitaine
74.31.3 Les Colonies
; 74.31.2 La Vigne et le vin
; 74.31.1 La Forêt landaise
Département
Iconographie
Facettes
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