La Forêt landaise

Titre

La Forêt landaise

Fonction / Rôle de l'auteur

peintre

Auteur

Roganeau François-Maurice

  • NomRoganeau
  • PrénomFrançois-Maurice
  • Date de naissance1883
  • Date de décès1973
  • GenreM

Date de création

1925

Matière et technique

toile

; peinture à l'huile

Mesures

Hauteur en cm : 300,5

; Longueur en cm : 827

Description

Cette œuvre met en avant les principales ressources économiques de la forêt des Landes de Gascogne dans l’entre-deux-guerres : l’exploitation du pin maritime ( le bois est alors utilisé pour la fabrication des poteaux de mine, des traverses de chemin de fer, des poteaux télégraphiques ou encore la construction), l’activité de gemmage (le pin produit de la résine qui distillée permet d’obtenir l’essence de térébenthine et la colophane, qui donnent eux-mêmes toute une multitude de sous-produits), enfin l’élevage ovin (en 1850, le cheptel compte environ un million de têtes sur l’ensemble des Landes de Gascogne ; en 1914, il n’en reste plus que 25 000). Au centre de la composition, apparaît une jeune femme nue, figure allégorique de la forêt landaise. Son bras droit enserre une jarre, récipient qui, à une époque beaucoup plus ancienne, était utilisé pour stocker la résine. Elle est assise sur une charrette attelée à une paire de mules conduite par un muletier. Ce dernier est un « vrai » landais. Coiffé du béret, il porte une chemise à rayures et la classique ceinture de flanelle rouge. En réalité, cette dernière, utilisée hiver comme été, était destinée à soutenir et soulager les lombaires lors des rudes travaux effectués à la main. La garance était très appréciée pour teinter ce tissu en rouge ; la plante aurait des vertus pour protéger des rhumatismes. Se dirigeant vers la droite, il semble très fier de montrer son superbe attelage. Sa paire de mules porte une couverture (apriga) à carreaux rouge et blanc bordée d’une frange anti-mouches (mosquèr). La charrette est assez caractéristique de la Grande Lande ou du Marensin de jadis avec ses deux roues grandes et larges permettent aux forestiers et gemmeurs de ne pas s’enfoncer dans le sable, c'est un " bròs ". Elle est joliment ornée de branches d’aiguilles et de "pignes" (pinhas, "pommes de pin"). Sur la gauche, un berger entouré de son troupeau regarde la scène. Il est vêtu à l’ancienne à la manière des bergers dessinés par Jacques Grasset de Saint Sauveur (1757-1810) et Gustave de Galard (1779-1841) ou encore photographiés par Félix Arnaudin (1844-1921), Ferdinand Bernède (1869-1963) et Emile Vignes (1896-1983). Figuré nu-pieds sur des échasses (chancas) et appuyé sur un long bâton, il porte le béret et la pelisse (prissa), gilet en peau (laine à l’extérieur) issu de la dépouille des brebis, une besace, la pòcha a tèisher ou sarron a tèisher (poche ou petit sac contenant la laine pour tricoter) et une coloquinte (cujon) utilisée comme gourde dans son dos. Il tricote à l’aide de cinq aiguilles des guêtres (trabucs). Des pins saignés, s’écoule la résine recueillie dans des pots de terre vernissés caractéristiques (cuchòts). Les oiseaux évoquent la région. Sont identifiables la bécasse à petits pois, le pigeon ramier ou palombe avec son collier particulier (la chasse à la palombe est très prisée dans les Landes de Gascogne) ou encore les deux pies avec leur plumage noir et blanc. Autres animaux familiers : les brebis, bélier et agneaux évoquant l’élevage ou encore les écureuils et le lapin caché sous des fougères parmi les cèpes des pins. Les matières telles que l’écorce des troncs d’arbres sont bien rendues. L’ensemble de ces détails à caractère régionaliste (pinhadar, muletier, costumes, pins entaillés par des « carres », résine recueillie dans des pots, animaux, bròs, attelage, échasses sont justes, parfaitement lisibles et identifiables par les gens du terroir. Ils témoignent d’un mode de vie, bien réel dans la forêt des Landes. Mais cette composition soigneusement agencée, dévoile aussi le goût de l’artiste, citadin, pour le pittoresque, l’enjolivement voire une mise en scène théâtrale. En bas à droite du tableau, l’artiste a introduit un personnage de la mythologie grecque : Pan, le Dieu des bergers (pieds et queue de bouc, torse velu d’homme, face barbue surmontée de cornes) qui joue de la syrinx ; caché derrière un arbre il épie un jeune homme rêveur en quête d’inspiration (poète imaginaire, autoportrait, ou référence au musicien landais Claude Duboscq ?). Le faune, la jeune femme (déesse Cérès, muse ou nymphe) et le poète vêtu d’une ample cape suggèrent à eux trois le côté enchanteur de la forêt. Ils contribuent à donner à cette commémoration idéalisée de la forêt landaise une connotation onirique. François-Maurice Roganeau était un musicien averti. La présence du faune fait songer au ballet en un acte de Vaslav Nijinski, L’après- midi d’un faune créé par les Ballets russes de Serge de Diaghilev à Paris, au théâtre du Châtelet le 19 mai 1912. La musique, de Claude Debussy, est une œuvre inspirée d’un poème de Mallarmé. Dans ce ballet, la chorégraphie de Nijinski dérouta car elle rompait avec les conventions du ballet classique.
Autre élément évoquant le monde du théâtre, la jeune femme elle-même. Son visage n’est pas celui d’une allégorie classique. Son expression, son maquillage, sa coupe de cheveux et le bibi dont elle est coiffée incarnent tout à fait les années 1920. Des troncs d’arbres l’entourent de part et d’autre à la manière d’un rideau de scène pour la laisser apparaître. Par sa nudité et son attitude, cette charmante allégorie pourrait ressembler à une meneuse de revue. Nous pourrions presque nous croire sur une scène de music-hall, spectacle très couru dans l’entre-deux-guerres. A moins qu’elle n’évoque par son sourire une de ces jeunes femmes défilant sur un char lors des fêtes locales célébrant les richesses, coutumes, et produits du Sud-Ouest ….

Historique

Ville de Bordeaux

Lieu

Athénée municipal

Date

1926

Numéro d'inventaire

74.31.1

Lien collections Musée d'Aquitaine

74.31.3 Les Colonies

; 74.31.4 L'Agriculture : Huile sur toile

; 74.31.2 La Vigne et le vin

Département

Iconographie